étoiledefée

Claire et douce comme la poésie.
 
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 L'enfant sauvage

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Pavot rouge



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MessageSujet: L'enfant sauvage   Ven 22 Mai - 3:50

L’enfant sauvage
Introduction

Parfois, l’homme se penche sur son passé, rassemblant ses souvenirs pour en voir défiler le film. Il subsiste des zones d’ombres dus des moments refoulés, à des trous de mémoire et à bien d’autres raisons sans doute. Le temps qui passe efface une partie de ce que nous avons traversé, le transformant en l’embellissant, le tronquant ou le rendant plus miséreux qu’il ne le fut.
Témoigner d’une époque révolue, même si on l’a vécue n’est pas chose si aisée. Pour en arriver à une exactitude et à une chronologie parfaite des faits, il faut se contraindre à un long travail de recherche au plus profond de soi-même, sans être certain d’y parvenir pleinement. C’est comme un kaléidoscope lointain qui défile devant mes yeux, quelques images qui se sont imprégnées, une suite logique de souvenirs plus marquants, des émotions et des sensations. Déterrer le passé n’est-il pas une sorte de viol de soi-même… ?



J’ai vu le jour en octobre 1949, au terme d’une grossesse non désirée par ma mère, dans une ville de Charente Inférieure (devenue Charente Maritime par la suite).
Mon père y était militaire et ma mère l’avait épousé pour fuir le giron familial, mariage peu apprécié, vécu comme une mésalliance par mon grand-père maternel issu de la bourgeoisie et dont les valeurs étaient très vieille France…
J’étais le petit dernier d’une fratrie qui allait encore s’agrandir. Cela, je l’ignorais à l’époque dont je garde des souvenirs diffus ou flous.
Avant d’atteindre mes quatre ans, je n’ai souvenance que de peu de choses, si ce n’est que des images collées sur des moments ou des anecdotes qui me furent racontées par la suite.
Nous habitions un appartement dans un immeuble classé historique qui appartenait au grand-père maternel, avec un WC extérieur à chaque étage, des cordes à linge coulissantes sur une cour intérieure et des familles de militaires comme voisins. Peu de choses remontent dans ma mémoire de ce lieu là, ni comme nous y vivions. Un repas un soir où nous avions mangé le dessert en premier car la soupe n’était pas prête, une gifle de mon père (l’unique) et une délicieuse omelette, une veille de départ en vacance chez les grands parents paternels, dans le Lot et Garonne alors que nous n’étions que tous les deux mon père et moi. Voici le peu dont je me rappelle.



« Viens que je te lave zouzou ! » l’injonction émane de Moïsette, une grande fille de la campagne. Elle a un grand nez et son visage s’orne de gros boutons. Je n’aime pas l’embrasser.
Il n’est pas question de gagner quelques minutes de jeu. Il y a quelque chose dans cette voix criarde qui n’encourage pas à désobéir. Elle a déjà préparé le gant et la serviette de toilette et j’ai droit au débarbouillage habituel, visage et mains, qui précède le repas de midi… Je grimpe quatre à quatre l’escalier, me resalissant les mains au passage, mais ça ne se voit pas.
Mes grands-parents maternels habitent la même ville mais à l’opposé dans un quartier très calme où chacun possède sa voiture devant sa porte. C’est un autre monde, un village dans la ville avec de longues rues bordées de maisons, sans un seul immeuble.

C’est chez eux où dès l’âge de quatre ans je passais la plupart du temps. J’en garde bien plus de souvenirs que du cercle familial.

Les trottoirs y sont propres et des plantes ornent chaque fenêtre. On accède à l’intérieur des maisons par un perron surmonté d’une marquise de verre épais soutenue par des volutes.
Laissez-moi vous camper les personnages qui vivent et le décor. Outre la grand-mère Hélène et le grand-père Raoul (souvent parti de longs mois à l’étranger) il y a Moïsette, une lointaine cousine germaine qui est bonne à tout faire et qui me sert de nurse à l’occasion ainsi que Stop, un gros berger allemand complice de bien de mes jeux.

Grand-mère fait toujours la cuisine et Moïsette s’active au ménage et aux rangements, emploi du temps immuable. Les heures de repas sont toujours respectées et je m’assois comme il se doit en bout de table en vis-à-vis de ma grand-mère. Grand père est rarement là, il est aux colonies mais même absent plusieurs mois, je sens sa présence mystérieuse et autoritaire.

Le grand-père Raoul. Imaginez-vous un sosie de Louis de Funès, avec les tics mais sans aucune facétie et un regard qui n’encourage pas franchement à sourire… Il est architecte civil des Armées et conçois des bâtiments militaires en Indochine. Un homme instruit mais dur, le véritable chef de famille que même mon père se garde bien de contredire. Heureusement, il est très souvent hors de France…

Pour l’instant j’avale ma panade, silencieux, les yeux rivés sur mon assiette.
Grand-mère et Moïsette parlent des tâches courantes, je joue à l’enfant sage attendant la suite du repas pas franchement enthousiasmé. J’aime peu la seiche sauce piquante que je trouve toujours trop dure accompagnée de pommes de terres bouillies et persillées. Il faudra de plus ingurgiter une demi-pomme… Le repas fini, petit débarbouillage de museau et direction la chambre à coucher de grand-mère pour une sieste ou je rêve plus que je ne dors. J’ai parfois des douleurs violentes dans le ventre mais nul docteur n’en trouvera la cause. Je joue du bout des doigts sur le velours damassé du grand couvre-lit rouge. La chambre est grande, le lit flanqué de ses deux tables de nuit fait face à la fenêtre. Une grande armoire et une coiffeuse complètent l’ensemble.
A chaque fois que quelqu’un pénètre dans la chambre, je fais semblant de dormir. On apprend vite à devenir comédien.
La figure de Moïsette apparait, rassurée, m'imaginant endormi, elle rentre et va devant la glace se contempler sous toutes les coutures… Là, j’exagère étant donné qu’elle est dans le plus simple appareil comme Ève regardant le fruit défendu. J’ai attendu six ans pour lui dire, en public. Sans voir ses pieds, je les ai sentis s’empourprer autant que son visage a viré de teinte ce jour là, doux moment de vengeance.


Dernière édition par Pavot rouge le Lun 1 Juin - 2:48, édité 4 fois
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Apocryphe Citoyen



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MessageSujet: Re: L'enfant sauvage   Ven 22 Mai - 7:48

Je ne suis pas persuadé que te présenter dès l'introduction d'un roman soit le meilleur moyen de captiver le lecteur...
Mais je pense sincèrement que tu aurais tout intérêt à te servir beaucoup plus du présent, et ne garder le passé que pour les "flashs" nécessaires à ce dernier (ou tout simplement raconter au présent ce qui s'est passé à l'époque...).
J'ai l'impression que tu t'es un peu précipité par rapport à l'ancienne version étant donné les fautes de français et la tournure de certaines phrases
ex:Avant que j’ai l’âge de trois ans, je n’ai souvenance de rien si ce n’est que des images collées : les "que " sont de trop...
Comme on te l'a conseillé precedemment, pense à te relire, plutot 10 fois qu'une...
Attendons la suite...
Salutation
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Pavot rouge



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MessageSujet: Re: L'enfant sauvage   Ven 22 Mai - 8:14

Merci de ton passage. La faute est rectifiée et je tiens compte de tes remarques dont je te remercie.
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nicole chaput



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MessageSujet: Re: L'enfant sauvage   Jeu 28 Mai - 1:13

J'apprends beaucoup en te lisant, écrire une nouvelle je ne pourrais pas, alors pour moi j'ai adoré te lire ...Nicole tendresse.. j'adore kiss heart heart heart heart
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Pavot rouge



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MessageSujet: Re: L'enfant sauvage   Jeu 28 Mai - 15:14

j'apprends également beaucoup en écrivant et ceci grâce à vous. Alors j'ai revu tout le texte en prenant le temps et je vous le propose.
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Pavot rouge



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MessageSujet: Suite 1   Lun 1 Juin - 2:49



J’aimais bien cette maison bourgeoise.

Une fois la lourde porte d’entrée ouverte, on traverse un long couloir qui dessert les chambres de mes grands-parents se faisant vis-à-vis. A droite s’ouvre un cagibi à rangement qui se prolonge par une cuisinette et une douche sur la droite, l’escalier à rampe, avec sa boule à facettes et la cave à charbon, juste en dessous, sur la gauche.

Des estampes japonaises et autres tableaux asiatiques ornent ce long couloir qui débouche sur une immense véranda toute en verre dépolie. La toiture en est peinte de couleur bleue pour nous sauvegarder des méfaits du soleil et si d’aventure celui –ci se montre trop zélé, une bâche épaisse peut se déplier à l’aide d’un système à manivelle.
Dans celle-ci, se trouve une pièce en dur avec le lave-main et de nombreuses étagères.

Le tout est le domaine de ma grand-mère et agrémenté de multiples plantes, s’ouvrant sur un grand jardin en pelouse où règne Stop. Il faut le traverser en entier pour accéder aux latrines. A droite isolée par une murette et un haut grillage, une courette ensablée sert d’exutoire au petit caniche blanc (femelle dument bichonnée et entretenue comme une princesse) des voisins alors qu’à gauche un long mur limite l’horizon.

Au fond de ce premier jardin, un grand mur percé d’un portillon isole le potager qu’un jardinier entretient lors des absences de mon grand-père.
N’imaginez pas un petit terrain avec quelques rangées de légumes, nenni. Il occupe un bon quart d’hectare et une longue allée dallée, cernée de buis taillés le traverse pour accéder à chaque carré. Juste en y pénétrant à droite, trône un immense figuier dans lequel je me suis livré à mes premières escalades. Cet endroit est interdit au chien. Au fond du potager, il y a un grand grillage et une petite porte fermée d’un cadenas par lequel le jardinier peut y pénétrer, comme une oasis au milieu d’une ville.

Voila pour le bas. Prenons maintenant l’escalier et grimpons à l’étage où deux portes s’ouvraient sur le pallier, le grand salon-salle à manger où nous mangions seulement lorsque grand-père était là et la cuisine, pièce à vivre qui se prolonge par la chambre de Moïsette.
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Pavot rouge



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MessageSujet: Re: L'enfant sauvage   Mer 17 Juin - 4:24

Grand-mère et grand père font chambre à part… Celle de mon grand-père où j’ai passé tant de nuits m’attire bien plus… Très masculine par son décor, elle a un air mystérieux et y règne une sorte de parfum exotique du sans doute aux nombreux objets venant de colonies lointaines. Madagascar, le Vietnam, l’Algérie et d’autres endroits s’y croisent.
Je ne me souviens plus des jouets que j’ai à l’époque mais je garde inscrit à jamais les partie de jeux avec le gros berger allemand, mon compagnon de tous les instants. Stop et moi courrons comme des fous quand il ne me sert pas de monture. Je m’agrippe à son collier avant qu’il ne me désarçonne et qu’il se fasse pardonner à coup de langue sur mes joues. Sa niche est assez grande pour nous deux et j’en adore l’odeur forte.
Une fois par semaine, nous allons jusqu’au pont transporteur sur la Charente pour le sortir et c’est Moïsette qui tente de canaliser ses ardeurs de fonceur. Faut dire qu’il ne l’épargne pas et que sa laisse est rarement détendue… Grand-mère me tient par la main, fermement. Pauvre Moïsette qui revient suant de tous ses pores avec une extinction de voix à chaque expédition. Stop s’endort lourdement, à chaque retour, pas facile de trainer un adulte pendant tout un après-midi…
En ce temps-là, les gens se rendent souvent visite, sans se mélanger, les bourgeois entre eux et les autres aussi. On va, on reçoit mais il y avait rarement d’autres enfants.
Thés et petits gâteaux accompagnent ses moments où les adultes échangent informations, racontars et bien d’autres propos. Les commentaires vont bon train une fois les hôtes partis et je ne suis plus tenu à l’image qu’on m’impose d’être à cinq ans, celle d’un petit garçon très sage et bien élevé.
Le soir, après repas, on écoute les informations que distille le poste de radio trônant dans le salon, un peu de musique classique et ma journée s’achève.

« Debout ! » l’ordre claque dans la chambre et Moïsette ouvre grand les volets. C’est jour de marché, enfin c’est le jour où nous y allons. Il est 6h30… Toilette, petit déjeuner, on m’habille et nous voila dehors pour une demi-heure de marche. Moïsette a en main le grand cabas noir et un sac plié à l’intérieur, ma grand-mère me tient fermement.
Ce n’est pas un marché de campagne sur une place, il couvre trois longues rues et leur traverses, se terminant pat la grand-halle qui accueille les poissons et la viande en grands quartiers. Pourtant bien des poissonniers et mareyeurs vendent dehors, poissons et crustacés dormant sur des litières de glace pilée.
Il faut dire que nous sommes à quinze kilomètres de l’océan. L’odeur de la marée envahit le quartier et même les vêtements neufs, sur les étals, sentent le poisson. Les gens viennent de partout, aux alentours, il faut souvent donner du coude pour avancer, se suivre de près pour ne pas se perdre surtout quand on croise des mamans et leur poussette. Bien sur, il y a aussi les agglutinements de ceux qui se reconnaissent et discutent sans se soucier d’être en plein passage, souvent de vieilles gens, tout vêtu de noir.
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Pavot rouge



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MessageSujet: Re: L'enfant sauvage   Mer 17 Juin - 4:24

Petite suite en attendant...
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