étoiledefée

Claire et douce comme la poésie.
 
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 Liam

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lilouche



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Date d'inscription : 20/03/2010
Age : 32

MessageSujet: Liam   Mer 7 Avr - 19:32


Liam

J’avais attendu en vain. Il n’était pas venu. J’aurais dû m’en douter. C’était toujours pareil. Toujours la même phrase répétée et remâchée : « Mais oui, je te rejoins ce soir ». J’avais besoin d’air sinon j’allais devenir dingue ! J’attrapais mon imperméable noir toujours fidèle. Au moins lui il me tenait chaud. Je le refermai jusqu’au col et sortis en claquant la porte de mon appartement.
Mes pas rythmaient ma colère et sonnaient sur les pavés. J’étais tellement énervée que, sans même y penser, j’allumai une cigarette pour me calmer.
Je m’arrêtai devant le salon de thé que j’affectionnais tout particulièrement car il était spécialisé dans la confection de glaces à la crème. Les meilleures à des kilomètres à la ronde. En plus il avait conservé le charme des établissements des années 50. Sur sa façade on pouvait lire « Laurens », et la mention « Milk and Ice cream Salon » invitait les gourmands à s’y attarder. Toute son authenticité résidait dans sa structure en briques rouges.
J’y entrai d’un pas décidé après avoir jeté mon mégot. « Salut Mado » jetai-je au passage en m’adressant à Madeleine, la gérante de l’établissement. Elle arborait une coupe au carré et un sourire franc. Son caractère bien trempé allait avec ses formes généreuses. Elle était au fait de tout ce qui se passait dans le quartier, toujours prête à donner des conseils même si ce n’était pas du goût de tous.
Je me laissai tomber sur la banquette d’une des tables les plus reculées de l’entrée. Le pianiste, un type grand et sec plaquait quelques accords mélancoliques sur les touches à quelques mètres de moi. Au moins personne ne me verrait pleurer. Encore, Ce n’était même pas dit que je puisse y arriver. J’oscillais entre une rage qui me donnait envie de hurler et une tristesse qui me rongeait. Pourtant les larmes ne venaient pas. Mes yeux restaient secs, un peu rougis par le froid. Pourquoi avait-il fallu que je le rencontre ? Toutes mes copines trouvaient qu’il avait un air idiot. Même ma mère. C’est vrai qu’il n’avait pas une beauté typique. C’était même tout l’inverse. Moi qui recherchais plutôt un homme aux traits fins et délicats, je me retrouvais entichée d’un homme à la mâchoire la plus carrée qu’il m’ait été donné de voir. En plus, il avait des yeux bleu vert. Pas si original, mais c’était surtout son regard qui me tourneboulait. Le pire de tout, c’étaient ses cheveux. Ils étaient d’un châtain aux reflets bronze brillant toujours ébouriffés. Le genre coiffé décoiffé mi-long dont certaines mèches retombent dans un mouvement élégant. S’il avait eu une autre coiffure, je n’aurais pas craqué ou du moins pas autant. Mais ces cheveux ! Voilà que ça me reprenait. Je me voyais y passer la main ou, pire, je me rappelais ces moments où il passait la sienne dans cette fabuleuse tignasse. Sans m’en rendre compte, je devais être béate… Car Mado me jeta un regard interrogateur. Cela me fit reprendre mes esprits et me souvenir de ce lapin qu’il m’avait posé. Et quel lapin ! C’était plutôt un lièvre vu les deux heures d’attente au bout desquelles j’avais dû me rendre à l’évidence, il ne viendrait pas. Espèce de lâche !
Cette dernière constatation vint à bout de mes nerfs. Enfin je pus relâcher la pression en pleurant de toutes mes forces, la tête cachée entre mes bras croisés sur la table. Je ne sais pas au bout de combien de temps cela se produisit, mais soudain j’entendis une voix inquiète me demander :
– Est-ce que tout va bien ?
Cette question toute innocente m’irrita encore plus et je me redressai droite comme un « i » pour lui asséner un « À votre avis ? ».
J’essuyais les larmes qui me brouillaient la vue afin de mieux voir celui qui se souciait de moi.
Apercevant ce bel homme interloqué devant moi, je pris conscience de ma bêtise.
Je m’empressais de lui faire des excuses. Il les accepta. J’essayais de me justifier, lui expliquant que mes nerfs venaient de lâcher après un rendez-vous espéré et totalement manqué.
Je lui proposais de s’asseoir en ma compagnie puisqu’il avait commandé un café.
Ma crise était visiblement passée. J’avais un peu honte et n’osais pas trop le regarder en face. Aussi, ce fut lui qui rompit le silence :
– Je m’appelle Liam Lane. Enchanté Mademoiselle …
– Lara Rainer. Enchantée… Excusez-moi encore pour tout à l’heure.
– C’est oublié. Je vous offre un café ?
– Volontiers. Merci. Avec ce froid, ça me réchauffera.
– Alors comme ça, un homme se permet de vous faire souffrir ?
– C’est une habitude chez lui… Mais parlons d’autre chose… Qu’est-ce qui occupe vos journées ?
– Je suis infirmier à l’hôpital Necker.
– Ces hôpitaux ont toujours besoin d’avoir un personnel attentif pour aider les enfants malades. Moi, j’essaie de devenir écrivain, et en attendant de publier un roman, je suis traductrice.
– On a toujours besoin d’une part de rêve, et d’être entraîné dans de belles histoires. J’adore lire.
– Moi aussi, approuvais-je. Je pense que dans mon cas, l’un ne va pas sans l’autre. Tiens, voilà nos cafés.
– Aquí están ! S’exclama-t-il.
– Muchas gracias Mado !

Nous échangeâmes un regard complice et amusé face à cette langue que nous avions en commun.
Au moment où je tentais d’attraper ma commande, Liam devança mon geste. À l’instant où je frôlais sa main, une sensation d’apaisement profond m’envahit, comme si tous mes muscles étaient lavés de la tension qui les habitait et que toute la colère provoquée par Ronan, le lâche du rendez-vous manqué, s’était envolée. Je lui souris, légèrement troublée. Que se passait-il ? Je chassais mon émoi en portant la tasse à mes lèvres. La chaleur de l’expresso me redonna de l’entrain. La conversation reprit et dura encore une demi-heure. C’est ainsi que j’appris qu’il aimait son métier. Il souhaitait aider les autres et soulager leurs peines. C’est ce trait de caractère que je remarquai tout de suite. Cet homme m’avait l’air d’avoir une grande empathie ce qui n’était pas pour me déplaire. Cela changeait du tout au tout de l’individualisme de mon soi-disant petit ami.
En plus, Liam était très bel homme. Ce n’était pas seulement la finesse de ses traits qui lui donnaient quelque chose de frais, c’était plutôt son regard doux mêlé à la franchise de son sourire. Je me sentais inexplicablement bien en sa présence.
C’est ainsi que je le quittai à regret après que nous nous soyons promis de nous revoir. Il me donna son numéro de téléphone en me disant simplement « Si vous voulez m’appeler, n’hésitez pas ».

Quelques jours après, Ronan réapparut dans ma vie et se présenta devant ma porte comme si de rien n’était. Après une scène de ménage où je le traitai de tous les noms, je me rendis compte qu’il restait désespérément détaché et calme devant ma fureur. Cela me vexa de plus belle et je lui tournai le dos pour rechigner face à la fenêtre. J’entendis qu’il se rapprochait, c’était comme si je sentais son énergie m’attirer vers lui . Les dents serrées, je lui dis « Dégage ! » alors que je le désirais au plus profond de moi. Il ignora mon invective et fit la chose que je redoutais le plus : m’embrasser dans le cou. Ça y est, j’étais de nouveau sous son emprise. Il réveillait mes sens sauvages. Je me retournai et l’embrassai brutalement. De toute façon, avec lui je n’étais pas autrement. La nuit nous emporta dans une volupté violente.
Le lendemain matin lorsque j’ouvris les yeux, je ne fus guère surprise de découvrir que j’étais seule. Après avoir craché une insulte dans le vide, je me sentis incroyablement stupide et naïve. Comment était-il possible qu’il ait encore réussi à avoir un tel effet sur moi ? Mon corps s’en souvenait encore, mais ma conscience me fustigeait. Ma raison me répétait en échos que cet homme m’était néfaste, pas seulement par sa présence mais par la dépendance qu’il créait en tout mon être. Je décidai de prendre une douche pour m’éclaircir les idées. C’est tout en laissant l’eau chaude couler sur mon visage que je me rappelai comment tout avait commencé. J’étais invitée à une soirée de gala. Je savais que des éditeurs de renom seraient présents. Après avoir conversé avec mes connaissances et avoir été présentée aux éditeurs, qui m’ont dit de façon très aimable qu’ils me contacteraient, je m’éloignai un peu de ce brouhaha trop mondain. Je commençais à m’y ennuyer. Les yeux dans le vague, j’aperçus un reflet doré danser sur le mur en face. Amusée je le suivis quelques instants jusqu’à découvrir d’où cela émanait. L’or provenait d’une montre que je jugeai assez chère. Elle se trouvait autour d’un poignet puissant prolongé par des mains fines mais robustes. Je levais le regard vers son visage et ce ne sont ni ses yeux bleu-vert ni le sourire charmeur dont il me gratifia qui me troublèrent mais la couleur bronze et le retombé de sa chevelure. Je restai quelques secondes comme figée face à cette beauté capillaire.
– Quel est l’idiot qui vous laisse sans escorte ?
– Pardon ? Je suis venue seule. Et vous ?
– J’accompagne Mme Verden. C’est la dame au chapeau avec des plumes là-bas.
– Ah oui, je vois. Vous êtes un ami ?
– Je ne fais que l’accompagner.
Il appuya ses paroles d’un sourire révélateur. Je compris que c’était son travail d’accompagner les dames fortunées à des soirées, et peut-être plus, mais cela ne me regardait pas.
Bientôt, nous nous retrouvâmes à une table près du bar où nous bavardions de tout et de rien. Je fus tout de suite charmée par son sens de l’humour un peu décalé. Il dégageait un magnétisme que je ne pouvais m’expliquer. L’alcool et la gaieté aidant, nous nous découvrîmes une attirance mutuelle. J’étais légèrement éméchée et une question que je n’aurais jamais osé demander sans l’aide de la boisson sortit naturellement de ma bouche pendant que je lui passais la main dans les cheveux :
– Comment faites-vous pour avoir de si beaux cheveux ?
– Je ne les lave pas souvent… Ils sont comme ça au naturel…
– Alors c’est ça. Je vais essayer de me les laver moins… dis-je d’une voix ivre.

À ce moment-là, il releva la tête. Ma main ne reposait plus dans ses cheveux mais sur sa joue. Ses beaux yeux dont le vert étincelait me bouleversèrent et cédant à une impulsion, nous plongeâmes dans un baiser sauvage. Je reculais à peine, à bout de souffle, juste le temps de lui murmurer :
– Je n’ai pas les moyens pour une nuit complète …
– C’est les veilles moches qui payent, pas toi.

Cette nuit sensationnelle me marqua de corps et d’esprit et notre relation, aussi épisodique soit-elle, durait encore, du moins pour l’instant.
Je revins brutalement au présent et me sentis plus mal que jamais. J’avais besoin d’aide pour me purifier de mon addiction. c’était au-dessus de mes forces. Il agissait sur moi comme une drogue et il fallait que cela cesse si je ne voulais pas sombrer dans la souffrance. Je m’habillai vite fait avec des gestes brusques. C’est alors qu’en enfilant mon imperméable, je retrouvai le numéro de Liam griffonné à la hâte sur un bout de papier. Je saisis mon téléphone portable et en sortant je composais son numéro tout en priant pour qu’il décroche. Il le fit dès la première sonnerie. J’étais devant la porte. Sa voix calme me rassura tout de suite.
– Regarde devant toi !
Je fis quelques pas dans la rue en scrutant les passants et l’aperçus, le sourire aux lèvres le téléphone collé à l’oreille. Je continuai bêtement la conversation en bridant mes pas pour éviter de courir à sa rencontre. Nous raccrochâmes en même temps tandis que nous arrivions l’un en face de l’autre.
– Qu’est-ce que tu fais là ?
Ce tutoiement m’était venu instinctivement.
– Je n'étais pas loin. J’avais le pressentiment que tu allais m’appeler.
– Mais tu es devin ?
– Non je suis juste intuitif. Viens, on va marcher un peu tu pourras parler.
– Comment sais-tu que j’en ai besoin ?
– Tu m’as appelé non ?
Spontanément, sans même ressentir de gêne, je lui racontai tout, depuis la première rencontre à la soirée de gala, jusqu’à aujourd’hui.
– Il te fait un sacré effet cet homme ! Tu mérites mieux.
– Je sais, mais je n’arrive pas à me guérir de lui.
– Si je peux faire quelque chose …
– Reste avec moi, ta présence me fait du bien, je ne peux pas l’expliquer mais… Tu as un très joli sourire en fait.
– Je suis bien content de te connaître aussi.
Tout en parlant, il m’avait donné le bras l’air de rien et c’est avec joie que j’acceptais son appui amical. Nous bavardâmes quelques instants de nos familles respectives. J’appris de multiples petites choses qui me faisaient passer le temps en me distrayant. Je le regardais de temps à autre sans avoir l’air de le bader, et je me disais qu’il était très agréable à l’oeil. Ses cheveux bruns coupés courts légèrement bouclés lui conféraient quelque chose de doux. Deux ou trois boucles lui caressaient le front. La forme de son visage était harmonieuse. Ses yeux marron clair pétillants de bonne humeur me lançaient un regard aussi pur que celui d’un enfant. Et son sourire renforçait son rayonnement. On aurait dit un ange.

Sans m’en rendre compte, nous nous étions arrêtés. Je levais la tête et son regard accrocha le mien. Pendant quelques secondes, j’eus une étrange sensation, proche de celle que j’avais ressentie la première fois que je l’avais rencontré. C’était comme si, par un simple regard, il me connaissait mieux que moi-même. C’était étrangement libérateur. Nous étions en osmose et je sentais que je pouvais lui faire confiance, comme à un ami de longue date. Au bout d’un moment, je clignai des yeux et détournai la tête en bredouillant un « excuse moi de te fixer comme ça » du bout des lèvres.
– Ne t’excuse pas, c’était très agréable.
– Qu’est ce qui s’est passé ? j’ai eu l’impression de te connaître depuis toujours.
– Ça fait souvent ça quand deux personnes s’entendent bien non ?
– Oui, sûrement… Il commence à faire froid, tu veux qu’on aille chez moi pour continuer à bavarder ?
– Ouh ! Mademoiselle prend les devants ? J’en serai ravi …
Il me fit un clin d’œil joueur et bientôt nous nous retrouvâmes chez moi à discuter sur fond de jazz. La conversation s’épuisa au bout d’un moment et nous restions là, sans plus prononcer un mot, juste à se regarder en écoutant la voix de Sarah Vaughan chantant « Misty ». Je me dis que cette chanson tombait à pic car c’était exactement l’état dans lequel je me trouvais. Brumeux. J’avais des ailes. Lorsque la chanson se termina, je clignai des yeux comme si je sortais d’un état second.
– Un ange passe.
Il me fit taire d’un baiser aussi inattendu que délicieux. Quelque part au fond de moi je l’attendais, il n’était plus temps de réfléchir. D’ailleurs, comment aurais-je pu, face au tourbillon d’émotions qui m’envahissait ? Je ne m’étais jamais sentie aussi bien. Comme si mon âme explosait de bonheur. C’était indescriptible, je peux seulement dire que sans même me connaître, il devinait comment j’aimais être embrassée. Lorsqu’à regrets nous rompîmes le baiser, je ne pouvais dire autre chose que :
– Comment peux-tu savoir que c’était exactement ce que j’espérais ?
– Je ne peux pas l’expliquer.
Après cet instant de complicité, nous avons passé la nuit… À parler. De nos vies, de nos métiers, de chaque chose qui nous importait. Parfois les rires ponctuaient notre conversation pour retomber dans une gravité à peine chuchotée. J’appris ainsi qu’il avait sympathisé avec une fillette de 10 ans atteinte d’une leucémie. Tous dans son service admiraient sa joie de vivre et son courage malgré son jeune âge. Liam et Anna avaient noué un lien assez fort. Il me fit rire en me disant que la petite lui prêtait une ressemblance avec une star de cinéma.
« C’est vrai, tu pourrais être acteur !» lui dis-je doucement pour que la conversation reparte sur un ton plus léger. Je me rendais compte que les mots nous offraient un cocon complice. Nous n’avions pas besoin d’aller plus loin pour le moment. Les petits baisers s’échangeaient dans la tendresse et presque de manière enfantine. J’étais forcée de comparer, même inconsciemment, et je me rendais compte que notre relation était à l’opposé de celle que j’avais avec Ronan. L’une était de chair et sauvage, l’autre était de cœur et très tendre. En présence de celui que j’appelais mentalement « mon ange », je commençais à me sentir libérée de l’influence de Ronan. Cela me faisait du bien. Je me retrouvais moi-même. Celle qui était capable de rire, de légèreté et d’insouciance mais aussi de compréhension et d’écoute. Tandis qu’avec Ronan, je me sentais comme une bête sauvage n’obéissant qu’à ses seuls instincts. J’étais bien, à tel point que je finis par m’endormir dans son étreinte protectrice.

Le lendemain, un samedi, Liam me proposa de rendre visite à la petite Anna. Sa maladie la faisait atrocement souffrir. Elle adorait s’évader par les livres et les films qui lui offraient un peu d’oubli. « Tu verras, m’avait-il confié, ça lui fait plaisir d’avoir de la compagnie. Elle est vraiment adorable. »
En entrant dans le service, l’odeur d’antiseptique agressa mes sens.
Je réprimai un frisson. À cet instant, une infirmière blonde passa près de nous et gloussa un « Bonjour Liam ! » qui la rendait encore plus cruche qu’elle n’en avait l’air. « Salut Elizabeth ! ». Lorsque nous l’eûmes dépassée, je lui glissai à l’oreille :
– Tu as vu comme elle t’a regardé, on aurait dit une gamine de 16 ans !
– Tiens ! j’ai pas remarqué.
Bientôt, en arrivant près d’une porte bleu pâle, nous entendîmes une mélodie qui me parut familière que je ne pus m’empêcher de fredonner. Il frappa doucement, et une petite voix faible mais joyeuse dit « Entrez ». Il ouvrit la porte et nous pénétrâmes dans une chambre aux couleurs bleu pastel. Appuyée contre des coussins blancs, une petite fille rousse aux yeux bleus fixait son écran de télévision, mais dès qu’elle tourna la tête, son regard s’illumina et un grand sourire creusa des fossettes sur ses joues en dessinant ses lèvres pâles.
– Tiens, mon Lili ! Je t’attendais ! J’étais encore en train de regarder le film « Pirates des Caraïbes » ! Ils me tiennent compagnie quand tu n’es pas là ! C’est qui avec toi ? C’est ta fiancée ?
Je rougis face à la spontanéité de la petite fille qui malgré son état de santé avait la fraîcheur d’une enfant de son âge.
– C’est ma chérie, Lara.
– C’est pas moi ta chérie ? dit-elle d’un ton inquiet en me regardant.
– Mais toi aussi tu es ma chérie ! Avec vous deux j’ai de la chance ! Je suis bien entouré.
Anna était satisfaite de la réponse et s’adressa cette fois à moi.
– Bon je te le prête parce que tu as l’air gentille, mais fais attention à toi si t’es méchante avec lui !
Le sourire qui épanouissait son visage se figea soudain en une grimace de douleur. Elle serra les dents courageusement et murmura :
– J’ai mal aux genoux, ça me lance.
– On va voir ça, dit Liam d’un ton presque professionnel, en portant d’abord la main à son front pour vérifier sa température.
– Ça va pour l’instant, t’as pas de fièvre. Allonge-toi que je voie ce genoux.
Il découvrit précautionneusement ses jambes et je fus frappée par la maigreur de l’enfant. On aurait dit une poupée de porcelaine, si fragile qu’elle aurait pu se casser au moindre geste brusque. Il posa doucement ses mains là où la petite fille lui indiquait qu’elle avait mal, elle soupira presque instantanément.
– Oh c’est tout chaud ça va mieux. De toute façon, quand c’est toi qui me touche, je n'ai plus mal. T’as des doigts magiques.
Pendant que Liam soignait Anna, je sentis une chose étrange se produire, comme s’il dégageait une énergie presque palpable. Je la sentais vibrer dans l’air. Je le regardais intensément avec la certitude qu’il n’était pas comme les autres.
La voix d’Anna me sortit de ma concentration.
– J’ai plus mal, tu fais de la magie ? Tu as fait disparaître mes douleurs pour l’instant. Merci !
– C’est tout à fait ça, je te les ai absorbées. T’es tranquille jusqu’à demain au moins ! Tiens, j’ai quelque chose pour toi !
Il lui tendit une forme rectangulaire joliment empaquetée dans du papier bariolé.
– Qu’est-ce que c’est ?
– Ouvre, sinon c’est pas du jeu ! lui dis-je en l’aidant à enlever le scotch qui tenait le paquet fermé. Déchire ! Défoule-toi ! Ça fait toujours du bien de déchirer les papiers cadeaux. Je le faisais tout le temps quand j’étais petite.
L’enfant ne se fit pas prier, et lorsque le papier commença à dévoiler son cadeau, une vague de joie sembla l’habiter toute entière.
– C’est le troisième film ! Je le voulais trop ! Comment tu le savais ?
– Tu l’as dit, je suis un magicien, je sais tout !
Je le regardai rapidement du coin de l’œil en me demandant si ces paroles ne cachaient pas une part de vérité.
– Si j’étais plus grande, tu serais mon chéri pour de vrai !
Liam se contenta de la serrer dans les bras en la berçant. On sentait vraiment qu’il y avait un lien presque fraternel entre eux, bien que la petite ait un gros béguin comme toute les petites filles de 10 ans face à un beau jeune homme. Nous restâmes encore une heure auprès d’elle pour parler, rire. Elle me demanda même de lui lire une histoire. Elle avait découvert un nouveau livre qui la passionnait, Cœur d’encre . Au fil des mots, je voyais que la petite s’endormait, bercée par les aventures des divers personnages. C’est sans aucun bruit que nous la laissâmes lorsque sa respiration était devenue régulière, paisible. En sortant de la chambre, nous tombâmes nez à nez avec une belle jeune femme brune dont les yeux bleus trahissaient une inquiétude certaine. Lorsqu’elle nous vit, un tout petit sourire peut-être synonyme d’espoir se dessina.
– Bonjour Liam, Mademoiselle… Alors comment la trouvez-vous aujourd’hui ?
– En toute honnêteté, Madame Cooper, je pense qu’elle va s’en sortir. Elle a le moral. Les douleurs sont encore là, mais c’est normal avec le traitement. J’ai tenté de l’apaiser un peu. Elle dort. Son courage est hors du commun. Je l’apprécie énormément et je sens qu’elle va s’en sortir. On s’en sort toujours quand on a une telle volonté de guérir.
– Vous me rassurez. Vous lui apportez beaucoup vous aussi. Elle vous apprécie vraiment. Je crois même qu’elle a le béguin pour vous et je pense que la compagnie d’une autre personne l’a aidée cet après-midi, dit-elle en se tournant vers moi
– Je m’appelle Lara. Vous avez une fille adorable. Cela m’a fait très plaisir de passer du temps avec elle, et si cela ne vous dérange pas, je pense revenir la voir de temps en temps.
– Enchantée. Bien sûr, vous pouvez passer voir Anna, elle est très contente quand des amis viennent la voir. Et ne parlons pas de son « Lili » ! ajouta-t-elle en riant.
– Ah, les petites filles ! Toujours de véritables fleurs bleues, rit Liam.

Le soir même, je rentrais chez moi après avoir quitté mon infirmier qui semblait très fatigué. Je n’arrivais pas à sortir de ma tête les étrangetés de ces derniers jours. Cela passait comme des flashs devant mes yeux. La première fois que Liam m’avait effleurée, cette étrange sensation d’apaisement et de plénitude, puis ce jour où il m’avait regardée droit dans les yeux comme s’il lisait mon âme. J’avais l’impression qu’il connaissait mes moindres secrets. Mais surtout cette étrange chaleur que j’avais ressentie lorsque que nous avions quitté le chevet d’Anna. Les mains de Liam étaient brûlantes, comme s’il dégageait un fluide. J’avais d’abord conclu qu’il devait être magnétiseur, comme une kinésithérapeute que je connaissais. Mais là encore, cette hypothèse me paraissait à peine plausible, car ce n’était pas une simple énergie qu’il produisait, c’était plutôt un pouvoir extraordinaire, qui ne trouvait aucune explication. En m’endormant, j’avais la certitude que demain j’en aurais le cœur net. Je passai une nuit calme et sans rêves. Lorsque je me réveillai, je me promis d’inviter Liam à dîner pour lui soutirer la vérité coûte que coûte. Je passais un dimanche agréable, comme j’avais l’habitude de les passer avant ma rencontre fatale avec Ronan. Je passai voir ma meilleure amie, quelques vieux amis de lycée et, bien sûr, ma mère, qui était heureuse d’apprendre que j’avais rencontré quelqu’un d’autre.
– Et l’autre idiot alors ?
– On a rompu ! Ça fait une semaine …
– Hourra ! Et ce Liam, il te correspond plus?
– C’est l’opposé de Ronan. Tu l’adoreras maman. Je te le présenterai.
– Il a intérêt à être bien ! Il est beau au moins ?
– J’ai rarement vu une beauté pareille !
– C’est-à-dire ? Quelle genre de beauté ? ajouta-t-elle avec un clin d’œil complice.
– Si je commence à en parler, je t’écrirai un roman !

Au bout de quelques heures, je me décidais à rentrer et pris mon temps pour me préparer. Après une longue et intense réflexion, j’optais pour ma splendide robe verte. Il y avait longtemps que je voulais la mettre mais je n’osais pas. J’avais peur que cela fasse trop glamour. Je me coiffai à la manière d’une icône du cinéma des années 60 et jugeais de mon travail face à la glace. Je me dis que cela pouvait aller et entendis la sonnette retentir. Je courus presque à la porte et respirai profondément avant d’ouvrir. L’expression éberluée de Liam m’accueillit. J’eus à peine le temps de remarquer que lui aussi s’était habillé pour l’occasion avant d’éclater d’un rire à l’unisson du sien.
– Les grands esprits se rencontrent à ce que je vois ! dit Liam en reprenant son souffle.
Je m’écartais pour le laisser entrer, et pour la première fois je pus apprécier son élégante silhouette mise en valeur par un costume noir qui avait sûrement dû être taillé par un grand nom de la couture. Je m’y connaissais en la matière puisque ma mère avait été styliste à New York.
– C’est du Armani que tu portes ?
– Bien vu ! Tu as l’air de t’y connaître.
– Tiens, c’est pour toi, dit-il en me tendant un bouquet de roses mauves et blanches.
– Toi alors ! Tu es l’homme parfait ! Où as-tu des défauts ?
– J’ai des tas de défauts !
– Ah oui, comme quoi ?
– Je devine ce que les gens veulent, je suis très grognon quand je suis fatigué, je peux manquer de savoir vivre comme tout le monde, je suis trop emphatique…
– Ça va, ça va, je te crois !
Je précédai mon invité jusqu’à la salle à manger où une table garnie de deux couverts nous attendait. Bien sûr les chandelles étaient de mise. Je ne sais pas pourquoi mais j’avais d’instinct pensé que cette ambiance tamisée et romantique était nécessaire. Cela ne semblait pas déplaire à Liam. Il avait apporté une bouteille de vin dont la belle robe rubis me tentait assez. Le plat principal de la soirée était des spaghettis maison selon la recette traditionnelle de ma mère. Ça marchait à chaque fois. Maman m’avait toujours dit que le chemin qui mène au cœur d’un homme passe par son estomac. Cela s’avéra juste dans son cas car à la fin du repas, tandis que je me levai pour débarrasser la table, il m’attrapa par le poignet, m’attira doucement contre lui et déposa un baiser heureux sur mes lèvres qui fit naître des papillons dans mon estomac. Pour reprendre contenance, je ris à moitié en lui disant :
– C’est en quel honneur ?
– Parce que tu es merveilleuse et que je me suis régalé !
– Remercie ma mère pour la recette et pour le reste… Voyons qui se cache sous cette veste ? dis-je sentant que l’alcool me titillait le cerveau. D’un geste presque enfantin, j’enfouis ma tête dans la doublure de sa veste.
– Vous n’êtes pas un peu pompette mademoiselle ? entendis-je à travers le tissus.
– Un peu Monsieur l’ange… Parce que c’est ce que tu es, un ange ! Je veux dire, vraiment un ange ! Mon ange à moi ! Qui ne va pas assez vite pour se déshabiller à mon goût… Je vais prendre les choses en main… À moins que vous ayez peur de dévoiler vos ailes… Vous êtes pudique hein ? Allez, on se laisse faire… dis-je en commençant à déboutonner sa chemise.
– Mais sous ces airs de jeune fille sage, tu es coquine hein ? Puisque c’est ça, je vous rends la politesse.
Bientôt, le désir fit taire nos taquineries et je sus enfin ce que c’était qu’aimer corps et âme. Jamais un homme ne m’avait fait me sentir autant femme et respectée. Ce fut un moment extraordinaire. Je n’avais plus à me poser la question qui me taraudait depuis mon adolescence : quel effet cela fait-il d’apprendre l’amour dans les mains d’un ange ? Entre deux baisers, j’aperçus une expression dans son regard qui m’étonna et, d’une voix inquiète, je lui murmurai :
– Qu’est-ce qu’il y a ? Ça ne va pas ? Tu as l’air triste ?
– Non tout va bien, ce sont des larmes de bonheur.
Il me sourit d’un sourire presque triste qui me reste encore en mémoire mais je crus à ses paroles tandis que je l’embrassais à nouveau comme si j’avais peur de le perdre. Un long moment après, lorsque je me sentis apaisée, je m’endormis pelotonnée dans la certitude que Liam était là pour veiller sur moi.

Le matin au réveil, je gardai encore quelques instants les yeux fermés pour me remémorer la soirée et la nuit qui avaient précédé, un vagues sourire aux lèvres. Je tendis la main m’attendant à retrouver sous mes doigts la douceur de sa peau mais ma main, étonnée rencontra la texture du drap. J’ouvris les yeux et fus surprise. La place était vide. Mon sourire s’élargit car je pensais « Il est sûrement en train de préparer le petit-déjeuner ». J’appelai d’une voix enjouée :
– Liam ?
Pas de réponse.
– Liam ? Qu’est ce que tu me prépares ?
Je voulais le taquiner. Le silence me répondit, un peu plus violent.
– Liam ? Tu es là ?
Toujours rien. Un rien obsédant cette fois. Le silence qui m’avait paru amical et doux comme le calme après une tempête me paraissait maintenant hostile, comme s’il pressait sur mes oreilles. Je me levai rapidement enfilant tout juste mon peignoir par-dessus ma nuisette. Je courus presque à la cuisine m’attendant à un drame. Lui par terre, inconscient, ou autre chose ! J’imaginais toujours des scénarios catastrophe quand j’étais angoissée, mais ce qui m’attendait était presque aussi douloureux. Le vide. Personne. Juste mon appartement muet, et sur la table du salon, une toute petite chose anodine qui me fit l’effet d’une gifle : une feuille de papier blanc sur laquelle était tracé mon nom d’une écriture élégante et penchée. Je la dépliai et lu :

Ma Larra,

Je sais, tu dois te demander où je suis. Tu vas m’en vouloir, tu vas me haïr. Tu vois, je t’avais dit que j’avais des défauts. Tu dois te demander pourquoi je t’ai abandonnée. Je vais tout te dire, et même si ça te paraît invraisemblable, je te jure que c’est la vérité. Tu l’avais deviné déjà hier et avoué sous ton jeu coquin et alcoolisé. Je suis un ange. Pas de ceux qu’on voit dans les films, avec les grandes ailes, l’auréole et tout le reste, non, je suis d’une autre espèce. Voilà mon histoire.
Un jour, j’ai eu un grave accident. Lorsque je suis revenu à moi, j’ai songé que j’étais mort, mais non. Tous mes sens me prouvaient le contraire. Étrangement je me suis rendu compte que j’étais devenu anormalement empathique. Je sentais la peur de cette femme penchée sur moi comme si elle était mienne, ou encore la joie de cette petite fille qui regardait voler son cerf-volant, l’amour de son père qui la regardait et mille autres émotions. Je les vivais comme si elles faisaient partie de moi mais c’étaient les leurs. Mes autres dons sont apparus plus tard, notamment la capacité de guérir les gens, ou du moins d’apaiser leurs souffrances physiques et morales. C’est à cette époque-là que j’ai rencontré Anna.
Un homme dont j’ai fait la connaissance à l’hôpital avait les mêmes dons que moi et m’a expliqué que nous étions des « dévoileurs d’âme ». Je ne l’ai pas cru au premier abord mais j’étais bien forcé de reconnaître ma situation extraordinaire quand j’ai apposé mes mains sur Anna comme je l’ai fait ce samedi. Non seulement j’avais instantanément apaisé ses douleurs mais j’avais aussi vu que c’était une petite fille au cœur si pur que cela m’a ému aux larmes. On croit que je suis magnétiseur et c’est d’ailleurs ce que j’explique publiquement, mais c’est beaucoup plus fort. Tu l’as ressentie, cette vibration qui a envahi toute la pièce.
Mais bref, tu as compris, ce que tu pensais s’avère juste. Le terme « ange gardien » c’est le plus simple que j’ai trouvé pour t’expliquer ce que je suis. En réalité, je l’ignore moi-même. Mais je sais que les règles d’or me coupent malheureusement les ailes. Les voici : dès que quelqu’un apprend qui nous sommes ou guérit de l’état dans lequel il se trouvait, nous devons le quitter car en fait, à ce moment-là, nous mettons en danger ce que nous sommes.
Mais pour nous deux, il est trop tard. Je t’aime. Pour l’heure, je dois partir pour continuer à protéger. C’est merveilleux d’aider les autres même si parfois cela devient presque un fardeau. Le mien c’est de t’abandonner pour sauver d’autres personnes. Mais je sais que tu me comprends au fond de toi. Tu aimes les autres, comme moi. Je te vois déjà en train de pleurer. Je sais que tu en as besoin. Hurle, pleure, haïs moi si ça te fait du bien, mais ne sois pas détruite par tes sentiments, protège toi, reste toi. Je ferai tout pour trouver une alternative à cette règle dans l’espoir de te revoir aussi épanouie que je t’ai laissée. Promets-moi de veiller sur Anna et si un jour nous nous revoyons, tu me diras si Ronan a laissé ses cheveux repousser ! Surtout, ne te laisse pas posséder par cette chevelure destructrice ! Parce que je sais que c’est cela qui a causé ta chute, tu étais fascinée par ses cheveux, entre autres. J’espère que tu riras en lisant cette phrase car je ressentirai ton sourire comme une force pour avancer.
Je te laisse car je dois trouver le courage de franchir cette porte.

Je veille sur toi. Je t’aime.
Adieu, ou peut-être pas…

Liam.




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shangaan



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MessageSujet: Re: Liam   Jeu 8 Avr - 15:43

Une très belle histoire sentimentale
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lilouche



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MessageSujet: Re: Liam   Jeu 8 Avr - 16:33

Very Happy chèr shangaan sun
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MessageSujet: Re: Liam   Aujourd'hui à 0:13

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Liam
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